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Vous avez dit : « Leadership au féminin » ?

Il y a quelques jours, j’ai été interviewée pour un magazine de management, sur un sujet qui m’a surprise… « le leadership au féminin… chez les jeunes managers… de la génération des millennials » !

Autant vous dire que les questions étaient très ciblées … En tentant de répondre en transparence et avec honnêteté à la journaliste (résultat dans la presse du mois prochain !!), je me suis sentie challengée et me suis interrogée :

en toute lucidité, est-ce que le leadership au féminin, dont on parle tant, existe ? En quoi est-il différent du leadership tout court ? Et les nouvelles générations de femmes portent-elles une nouvelle forme de leadership ? En quoi les jeunes femmes managers nées dans les années 1980/2000 sont-elles différentes ?…

Vouloir impérativement positionner chacune d’entre nous dans une case fait-il sens, profondément ?

De fait, ma conviction est qu’il ne s’agit pas tant que ça d’une question de génération, ni même d’une question de genre… En revanche, tant les perceptions de notre société que la posture de nombreuses femmes favorisent notre enfermement dans des catégories, des stéréotypes, qui doivent être bouleversés et mis en question dans la transformation de l’entreprise qui se dessine.

Je m’explique…

De l’impact du genre sur le leadership… au « complexe de l’imposteur »

Plus j’avance dans mon parcours professionnel, après plus de 15 ans de direction générale d’activité en grande entreprise ou en organisations, plus je m’aperçois que les différences de styles de management et leadership entre les hommes et les femmes sont ténues.

D’ailleurs, la thèse intéressante de Sarah Saint Michel ne laisse aucun doute (« l’impact du genre sur les traits de personnalité des leaders et les effets sur le style de leadership », 2011, Paris 1) : elle nous démontre clairement que le genre n’est pas un élément distinctif du leadership, et que c’est le contexte dans lequel le leader évolue qui oriente son style de leadership.

Une fois ce constat posé, force est de constater qu’en revanche, la perception du style de management dans son environnement est polluée bien souvent par de nombreux effets de stéréotypes de genre. Oui, on attend de nous, les femmes, d’être des accompagnatrices, empathiques et toujours sensibles, tandis que les hommes sont attendus dans la performance, la réalisation d’objectifs et l’action.

J’aimerais faire mentir Sheryl Sandberg (n°2 de FB), lorsqu’elle dit à Davos en 2012 : « plus un homme est puissant, plus il est aimé, plus une femme est puissante et réussit, moins on l’aime » ! … Mais c’est malheureusement ce qu’on observe et ce qu’on vit trop souvent, en tant que femme leader.

Plus grave encore, je suis toujours surprise, lorsque j’interviens sur les sujets de leadership au féminin, de constater à quel point sont nombreuses les femmes qui souffrent encore d’un certain « complexe de l’imposteur », d’un manque de confiance et d’estime de soi et, par conséquent, d’une perte d’ambition et d’audace préjudiciables à leur carrière et leurs projets !

Les freins psychiques sont encore présents, trop présents, et les femmes s’autorisent parfois moins à l’ambition, moins au pouvoir, et reculent face aux codes masculins d’une entreprise construite par les hommes, pour les hommes.

Le leadership de l’entreprise de demain au service d’une évolution des codes ?

La formidable transformation technologique et sociétale que nous sommes en train de vivre (pour se questionner sur ce sujet, notez de commander cet été mon « Guide du dirigeant responsable », à paraître en septembre !), met en question les fondamentaux traditionnels du leadership.

En même temps que sont questionnés les organisations hiérarchiques verticales, le sens à donner à l’entreprise, les modalités d’engagement des salariés, les méthodes d’innovation continue… sont mises en cause les qualités qui permettront aux dirigeants, aux leaders, de naviguer dans l’incertitude et la transformation continues.

Là où l’imaginaire collectif portait une figure du leader « super héros », fort et solide, en un mot masculin… Les nouvelles pratiques collaboratives et d’intelligence collective, la nécessité de coopération et de travail en réseau, les demandes émotionnelles d’engagement des salariés et des clients démontrent la nécessité de leaders plus « humains », plus authentiques et montrant des qualités associées davantage à la féminité : intelligence émotionnelle, empathie, capacité à favoriser la coopération…

Il y a déjà quelques années, Charles Handy, philosophe du management, annonçait que « le leader de demain devra avoir une approche plus féminine. Il devra convaincre plutôt que de donner des ordres ». Nous y sommes !

Mon choix de leadership pour demain

Je n’ai aucun doute, le leader de l’entreprise du 21e siècle est une femme ou un homme, qui avance en conscience, a suffisamment travaillé sur soi pour être en paix avec son ego

(cf. https://www.ambitieusepourlentreprise.com/management/ego-et-management-comment-mettre-son-ego-personnel-au-service-du-collectif/).

Il est en capacité de diriger avec sa tête et aussi avec son cœur.

C’est le chemin de transformation du leader qui influence et détermine le chemin des collaborateurs individuellement, ainsi que celui du collectif. C’est le leader qui incarne, dans son comportement et ses postures, les valeurs de l’entreprise et porte l’engagement de ses parties prenantes. Et c’est bien la dimension émotionnelle des valeurs et de la culture de l’entreprise qui fait et fera la différence.

A mon sens, le leader ne peut plus faire l’économie d’un leadership authentique et résonnant ( lire un livre passionnant : « Le leadersip résonnant », R. Bozyatis, A. Mc Kee), aligné avec ses valeurs profondes et ayant fait le choix de l’authenticité plutôt que du masque, de l’empathie et de l’intuition, du partage et de la créativité.

En ce sens, certains codes dits masculins perdent peu à peu de leur légitimité : pouvoir statutaire, paternalisme, distance, autoritarisme… pour favoriser capacité d’influence, intelligence émotionnelle, vision et sens.

Vers un équilibre Ying/yang du leadership ?

En réalité, chacune et chacun d’entre nous sommes constitués de parts « féminines » et « masculines » ! Jusqu’à récemment, dans nos sociétés occidentales et dans nos entreprises, nul doute que le Yang était survalorisé puisque symbolisant l’action et la performance…

L’émergence du Yin dans les nouveaux modes de management et leadership ouvre la porte aux émotions dans l’entreprise, à l’intuition et au « tête-cœur -tripes », qui permettront de développer l’agilité nécessaire dans un monde VUCA en transformation continue.

Et les jeunes femmes millenials, dans tout ça ?

Si nous revenons à mon sujet de départ, comment réagissent les jeunes femmes managers face à tout cela ? Génération hyperconnectée, elles ont fait leurs études majoritairement dans un contexte de mixité (c’est encore un enjeu majeur pour les études scientifiques : la promotion de ma fille à X ne compte que 14% de jeunes femmes…) et arrivent en entreprise avec assurance et ambition.

Sont-elles pour autant mieux préparées que nos générations précédentes à ce qui les attend dans l’entreprise ?

Seront-elles en capacité à changer la donne, en matière de rémunération (en moyenne 27% d’écart encore), de prise de responsabilité (11% de femmes aux postes de direction), de représentation dans les instances dirigeantes des grandes entreprises (14% seulement) ?

Ce qui semble émerger, c’est qu’elles se mettent moins de barrières personnelles et affirment haut et clair leur ambition, souvent d’ailleurs en portant des projets entrepreneuriaux.

Seront-elles pour autant en capacité de créer les nouveaux codes du leadership dont l’entreprise a impérativement besoin ? Il leur faudra pour cela de la confiance et de l’estime de soi.

Car le challenge aujourd’hui est bien celui-ci : développer un leadership capable d’allier la recherche de performance, la culture du résultat, ET l’humain,  un leadership apte à exploiter des valeurs et qualités mixtes, car la clé de la réussite du nouveau leadership est dans l’association des ressources féminines et masculines et dans leur complémentarité !

Soft skills et performance sont désormais intimement liées…et la richesse à mon sens est, comme dans tous les autres domaines de la vie, dans la mixité et la diversité.

Bref :

Mesdames, oubliez vos freins, osez être qui vous souhaitez être, sentez-vous légitimes à prendre « votre place » qui est majeure dans l’entreprise qui reste à réinventer…

Messieurs, tombez les masques du super héros, avancez en conscience sur le chemin de la connaissance de soi et de l’authenticité, pour être un leader complet et équilibré !

 

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