Le blog des dirigeants Heureux et des entreprises gagnantes

L’intrapreneuriat : levier de croissance de l’entreprise ou effet de mode ?

C’est clair, l’entrepreneuriat a le vent en poupe ! Le mot d’ordre des médias, de l’écosystème, des grandes écoles voire du grand public depuis quelques temps : « Tous entrepreneurs » !

A tel point qu’une nouvelle catégorie de salariés est de plus en plus valorisée dans l’entreprise : « l’intrapreneur ».

Quel est ce « nouvel animal » ? Ce concept est-il vraiment neuf ? Est-ce que concrètement, ça fait sens ?
Entre mythe et réalité… qu’en est-il réellement dans l’entreprise d’aujourd’hui et quels peuvent être les bénéfices d’une démarche intrapreneuriale en grande entreprise ou en PME ?

 

La « mode de l’entrepreneuriat » dans les grandes entreprises

L’entrepreneuriat et l’intrapreneuriat sont encensés dans les grandes entreprises.

Les grandes entreprises, confrontées brutalement au challenge de l’innovation permanente, et peu adaptées à la réactivité que nécessite aujourd’hui l’accélération globale de la 4e révolution industrielle (la « transition fulgurante » si bien explicitée par P. Giorgini) , ont bien compris l’intérêt de l’esprit entrepreneurial, pour susciter l’innovation en interne et faire évoluer les méthodes managériales.

Jamais l’engouement n’a été aussi important : concours internes, séminaires dédiés, proclamation de valeurs dites entrepreneuriales, accompagnement  et formation des salariés, communication à gogo autour des qualités entrepreneuriales des salariés, valorisation de projets internes et expérimentations en tous genres, programmes d’innovation…  Nul doute qu’aujourd’hui, pour être un « salarié apprécié », il faut avoir la fibre entrepreneuriale !

 

Une entreprise qui doit se transformer… a besoin de collaborateurs d’un nouveau type

Il est certain que dans le contexte actuel, il devient impératif de bouger les lignes dans l’entreprise.
Les mutations technologiques rapides, la nécessité d’innover sans cesse et à un rythme toujours accéléré, la découverte de nouveaux modes de management et la mise en cause des organisations hiérarchiques verticales, la recherche de sens et le désengagement des salariés … toutes les évolutions en cours nous confirment que l’entreprise a besoin de se réinventer, en mettant (« remettant » ?!) au cœur de son fonctionnement ce qui en fait la richesse : les équipes, l’humain.

Et dans ce contexte, les valeurs « dites » entrepreneuriales peuvent être très utiles, voire nécessaires : audace, courage, prise de risque et acceptation de l’échec, goût de l’innovation, créativité… mais aussi autonomie, responsabilité, prise d’initiatives, agilité… autant de postures nécessaires pour permettre à l’entreprise de suivre le rythme des changements et faire face à la mise en cause des organisation pyramidales traditionnelles.

Tout le monde doit-il pour autant devenir « entrepreneur » ?

 

C’est quoi l’intrapreneuriat en fait ?

Le concept n’est pas neuf, puisqu’il a émergé aux Etats-Unis dans les années 1970, voire même plus tôt, si on prend en compte la conception du fameux post it© par un salarié innovant chez 3M en 1968 !

Le sujet m’interroge d’ailleurs à titre personnel, car, engagée professionnellement depuis 28 ans en tant que salariée au sein de grandes entreprises et d’organisations professionnelles, je me suis toujours considérée avant tout comme « intrapreneure », salariée engagée et développeuse de projets à valeur ajoutée, exigeant autonomie et confiance, créative et rigoureuse dans la réalisation… Pourtant, ce n’est que récemment que j’ai découvert une abondante littérature sur le sujet, et surtout des communications médiatisées de la part de nombreuses grandes entreprises.

En fait, de nombreuses définitions en ont été données au fil des années.

En voici deux qui me semblent simples et claires :

« L’intrapreneuriat désigne une capacité collective et organisationnelle pour encourager et accompagner la prise d’initiatives, à tous niveaux dans une entreprise. » Thierry Picq, 2005

«C’est la mise en œuvre d’une innovation par un employé, un groupe d’employés ou tout individu travaillant sous le contrôle de l’entreprise.» (C.Carrier, 1997, « de la créativité à l’intrapreneuriat »).

Prise d’initiatives et innovation… libération de la créativité et du potentiel des collaborateurs concernés… tryptique confiance/autonomie/responsabilité…

Cette approche vise ainsi à « faire émerger au sein des entités des projets et des produits innovants » et à permettre au salarié, tout en restant salarié, de définir et de conduire un projet innovant, porteur de valeur pour son entreprise.  Ce collaborateur va donc être à même de faire les choses « de sa propre initiative », mais au sein de l’organisation.

Il s’agit donc d’une « démarche d’entrepreneuriat interne », à la fois d’un dispositif, et d’un état d’esprit, qui met l’humain à sa juste place, peut permettre aux grandes entreprises d’innover davantage et, peut-être de contourner leurs difficultés organisationnelles pour s’imprégner de cette flexibilité nécessaire pour survivre…

La démarche permet par ailleurs de libérer les réseaux relationnels dans l’entreprise et de favoriser ce qu’on appelle parfois « l’empowerment » des salariés face au contrôle si cher au management traditionnel et à l’organisation pyramidale.

 

Alors, tous entrepreneurs ?

L’intrapreneuriat peut certainement constituer une proposition de réponse à la recherche de sens exprimée par certains salariés aujourd’hui, notamment les jeunes diplômés : il répond au besoin d’être utile et de contribuer à l’entreprise, de partager ses idées et de travailler avec davantage d’autonomie.

A mon sens, il permet à l’entreprise de devenir progressivement un lieu de vie plutôt qu’un simple lieu de travail, et peut en ce sens devenir « levier d’engagement » de certains collaborateurs.

Quand on sait que plus de la moitié des jeunes de moins de 35 ans aujourd’hui déclarent « vouloir entreprendre », on peut concevoir qu’ouvrir l’entreprise à l’intrapreunariat peut répondre, au moins partiellement, à cet esprit d’entreprendre qui souffle chez nos jeunes et à leurs attentes d’apprentissage, d’immédiateté et d’expériences.

Une démarche d’instauration de l’intrapreneuriat dans l’entreprise peut ainsi être aussi considérée comme un « outil RH » de recrutement et de fidélisation, pour augmenter l’attractivité de l’entreprise auprès de certaines catégories de collaborateurs.

Il faut cependant se poser la question de la capacité des salariés à répondre aux attentes de l’entreprise en matière d’intrapreneuriat :

Comment imaginer un seul instant que tous les salariés doivent et soient en capacité de devenir entrepreneurs ?

Et toutes les entreprises ont-elles besoin que leurs salariés entreprennent à tout va ?

La pression mise sur les salariés avec ce leitmotiv ne peut-elle pas avoir l’effet inverse et tétaniser les bonnes volontés, quand la charge de travail est déjà lourde, que la pression du résultat est bien présente… et qu’en plus il faut devenir entrepreneur, voir un véritable super héros ?

Soyons vigilants : tous les salariés n’ont pas la capacité et surtout l’envie de devenir entrepreneur et à fortiori intrapreneur. Pour un salarié ayant l’habitude de circuler dans un environnement managérial directif, ne se sentant pas à l’aise avec la prise de risque et de responsabilité, cela peut être difficile.

L’intrapreneur doit disposer de compétences et surtout porter une posture particulière : des compétences relationnelles, du leadership, le goût du risque, le sens politique pour naviguer en interne, la capacité à se motiver et s’engager en autonomie…

La démarche intrapreneuriale doit rester un choix de chacun, un engagement spontané et libre, et ne surtout pas être imposé par l’entreprise. Et, force est de constater, que les modes traditionnels de recrutements ne sont pas toujours en capacité de sélectionner les profils diversifiés les plus adéquats.

Alors oui pour utiliser le modèle et la symbolique de l’entrepreneur pour remettre du sens au travail, rendre les salariés acteurs de la réussite de leur entreprise, transformer les modes de management et favoriser une approche plus humaine et collective… Mais sans en faire une pression complémentaire qui peut devenir rapidement angoissante pour certains salariés. Les leitmotivs tels que « Osez », « Soyez innovants » peuvent être improductifs si mal ciblés !

 

Est-ce toujours concrétisé dans l’entreprise ?

Mettre en place une démarche d’intrapreneuriat dans l’entreprise reste cependant un véritable challenge, car cela nécessite de réellement mettre en cause tous les volets de fonctionnement de l’entreprise : modes de management, gestion interne, recrutement etc. Il faut être prêt à mettre en cause l’organisation et la hiérarchie notamment !

Et, parfois, certains projets bien médiatisés par les grandes entreprises peuvent sembler peu opérationnels et bien artificiels au regard de la réalité interne du quotidien, parfois plutôt à rapprocher d’opérations de communication d’une marque employeur moderne et attractive que de véritables process de transformation interne…

Je me souviens par exemple d’une grande entreprise avec laquelle je suis en relation professionnelle, qui affiche d’ambitieux projets en matière d’intrapreneuriat, et a bien du mal en parallèle à accepter de libérer l’organisation interne de ses carcans administratifs  (avec l’implémentation d’une journée de travail à domicile ultra réglementée par exemple, les managers avouant en off que « les habitudes ont la vie dure »)…

Il ne s’agit pas de se contenter de communiquer et médiatiser une « volonté de faire », pour que ça fonctionne !

Non seulement il faut que le terreau soit favorable, mais il faut aussi que la direction de l’entreprise s’engage en transparence, avec conviction et sans hésitations. Le management devra être en capacité d’accompagner, de coacher les salariés chefs de projet et de leur montrer un soutien sans faille.

 

Et dans les PME ?

Innover est désormais la condition de survie de la PME. Par ailleurs, les PME sont souvent (mais pas toujours !) plus à l’aise avec les notions de proximité, de confiance, d’autonomie et de libération des initiatives des collaborateurs.

Les circuits de décision sont plus courts, l’esprit de collaboration souvent plus spontané, les salariés souvent polyvalents, l’organisation moins bureaucratique !

Aussi, assez naturellement, j’ai envie d’affirmer qu’infuser l’énergie entrepreneuriale du dirigeant dans toute l’équipe salariée est un outil de management de la PME puissant, et qu’il faut juste « oser se lancer » !

La PME dispose de nombreux atouts pour exploiter ce levier : les collaborateurs sont souvent plus proches de l’environnement, des clients et du marché de l’entreprise, ce qui augure une bonne réactivité au marché concurrentiel ou réglementaire ; les capacités d’adaptation, la flexibilité, sont souvent plus grandes en PME que dans les grandes entreprises.

Placer les valeurs entrepreneuriales de la PME au cœur du management sera ainsi un facteur d’engagement et de reconnaissance formidable pour les salariés, un vecteur fort de culture interne et de valorisation du sentiment d’appartenance.

Culture ouverte à l’innovation et à la mise en avant de projets personnels, valorisation du potentiel humain : dirigeants de PME, foncez ! L’intrapreneuriat est fait pour vous, vous avez tout ce qu’il faut dans votre ADN pour tirer profit de ce levier formidable et en faire un vecteur de croissance fort !

A mon sens, la PME est bien la plus à même aujourd’hui de mettre en place un cadre et un environnement de travail qui fait grandir, non seulement l’activité, mais la femme et l’homme avant tout.

 

Alors, êtes-vous prêt à faire de l’intrapreneuriat « l’ingrédient magique » de la réussite de votre entreprise ?

Vous êtes prêt/e à revoir l’organisation de votre entreprise et à faire évoluer sa culture ?

Vous avez la volonté d’accepter la prise de risque et l’échec et de composer avec l’incertitude ?

Vous êtes ok pour accorder du temps à vos salariés sans vérifier ce qu’ils en font, en confiance, et à consacrer un budget aux projets qu’ils initient ?

Vous voulez incuber des projets digitaux ou porter la RSE ?

… alors l’intrapreneuriat sera peut-être la prochaine étape d’évolution de la culture de votre entreprise !

Et vous pourrez tirer tous les bénéfices d’une équipe engagée, agile, créative et innovante

N’oubliez pas, l’équation gagnante de l’innovation = autonomie + esprit créatif + ressources…

 

Véritable méthode d’innovation, mais aussi méthode de management et moteur d’engagement, outil de différenciation de l’entreprise… Une démarche d’intrapreneuriat, si elle est sincère et opérationnelle, me semble être un outil puissant et bénéfique de transformation de l’entreprise…

Attention cependant : l’intrapreneuriat ne se suffit pas à lui-même, il n’est pas une recette miracle, et ne doit pas être un effet de mode : sans travail de fond sur la culture et les valeurs de l’entreprise, l’entreprise et les équipes vont au-devant de fortes désillusions.

 

Faire une place à l’intrapreneuriat dans son entreprise, n’est-ce pas finalement une nouvelle façon de donner sa juste place à la CONFIANCE et à l’Intelligence collective ?

N’est-ce pas insuffler un peu d’« esprit start up » et de challenge, pour favoriser engagement et créativité interne ? et réinventer le rôle du manager pour en faire un coach, un accompagnateur qui fait grandir ?…

Finalement, n’est-ce pas un simple rappel de pratiques existant déjà depuis longtemps, qui prennent un tout nouveau sens à l’heure où l’innovation devient le critère de survie et de développement de l’entreprise ?

Accueillons l’innovation dans l’entreprise traditionnelle et faisons de l’intrapreneuriat un levier de transformation, un accélérateur de l’innovation et du changement… pour construire l’entreprise de demain.

A votre avis : entre l’entrepreneur et le manager, l’intrapreneur sera-t-il le prochain héros de l’entreprise ?!

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

risus. felis Lorem Nullam Donec quis, id, justo